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Trésors de Polynésie : Musée du Malgré-Tout à Treignes

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Parcours des mondes d’Océanie

Voilà une exposition que beaucoup auront certainement manquée : une collection d’art océanien en voyage à Treignes, un petit village de la commune de Viroinval en province de Namur.

En 2008, les Musées royaux d'Art et d'Histoire ont exploré le thème de Rapa Nui (île de Pâques), une petite île du Pacifique Sud, pour laquelle ils bénéficient d'une expertise de longue date. En 1934, à l'initiative du Musée de l'Homme à Paris, l'institution bruxelloise participa à une première expédition sur cette île lointaine, couronnée par le don par le Chili et la population de Rapa Nui d'une statue authentique, rapportée en Belgique à bord du Mercator, un navire-école belge aujourd'hui devenu musée à Ostende.

Depuis lors, les Musées royaux ont entretenu des liens privilégiés avec Rapa Nui, organisant une vingtaine de missions archéologiques entre 2001 et 2019.

Le commissaire Nicolas Cauwe et son équipe mettent à l'honneur l'ensemble de la Polynésie, avec plus de 80 objets issus des îles Fidji, des Samoa, de Tonga, des îles Cook, de Tahiti, des Marquises, de Nouvelle-Zélande, d'Hawaii et de Rapa Nui. Ces pièces illustreront l'incroyable aventure maritime des Polynésiens, qui, dès le Ier millénaire av. J.-C., explorèrent et peuplèrent les îles et atolls du Pacifique central et oriental.

« Trésors de Polynésie » met en valeur les collections des Musées royaux dans le cadre d'une exposition temporaire qui ravira les amateurs dans la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Sans plus attendre, parcourez un ensemble non exhaustif de trésors exposés au Musée du Malgré-Tout à cette occasion.

Variété des formes au travers des massues océaniennes

Massue Sali (à droite) - Massue Ula Drisia (à gauche), îles Fidji

Le sali est une plante de la famille des bananiers, reconnaissable à sa fleur asymétrique en forme de « griffe ». Par analogie, son nom désigne aussi une massue à bec asymétrique.
Ces casse-têtes, toujours sculptés d’une seule pièce de bois, arborent généralement un quadrillage gravé en guise de décor. Leur extrémité plate permettait de frapper, tandis que le bec servait aux attaques d’estoc. Comme les massues totokia, elles nécessitaient un façonnage patient dès la croissance de l’arbre pour obtenir la forme souhaitée.

Collier wasekaseka, îles Fidji

Les colliers wasekaseka, confectionnés à partir de dents de cachalot, étaient des ornements prestigieux réservés aux chefs et servaient parfois de rançon en temps de guerre.
Apparues au début du XIXe siècle, ces parures devinrent plus courantes grâce à la chasse au cachalot pratiquée par les Européens et les Américains. Leur fabrication était principalement assurée par des artisans samoans et tongiens installés aux Fidji. À l’aide d’outils métalliques introduits par les marins, les dents étaient découpées, courbées, puis polies avec soin. Cette technique sophistiquée renforçait leur valeur culturelle.

Massue totokia des îles Fidji

Les totokia étaient des massues fidjiennes associées aux guerriers de haut rang ; certaines portaient même un nom. Au XIXe siècle, le missionnaire Thomas Williams en a relevé plusieurs aux significations évocatrices, comme « Pour la guerre, même si tout est en paix » ou « Dégât au-delà de l’espoir ».
Leur fabrication sophistiquée nécessitait des années de travail, le manche étant formé en guidant la croissance d’un arbre et la tête sculptée dans le collet du tronc. Ces armes, précieuses aux guerriers qui souhaitaient être enterrés avec, ont même inspiré le « gaderffii » des Tuskens dans Star Wars.

Manche de chasse-mouche des îles Cook (ou de Polynésie française)

Ce chasse-mouche, attribué aux îles Cook mais pouvant aussi provenir de Tahiti ou des îles Australes, date probablement d’avant l’arrivée des Européens, ayant été façonné sans outils métalliques. Son manche se termine par une figure anthropomorphe, un tiki féminin, symbole d’un ancêtre divinisé. La finesse du bois et du travail suggère qu’il appartenait à une personne de haut rang.
Un œilleton à son extrémité permettait d’y fixer des feuilles ou des cheveux humains pour former la houppe. Sa qualité exceptionnelle en fait un chef-d’œuvre de l’art tribal polynésien.

Navigation, pêche et arts dans le Pacifique

Hameçon pa’atu, Tonga

Les hameçons composites appelés pa’atu aux îles Tonga, typiques de la Polynésie, combinaient bois, nacre et fixation souple pour optimiser la pêche à la bonite. Au-delà de leur efficacité, ils étaient chargés de mana, une force spirituelle liée aux matériaux utilisés. Certains reflétaient aussi le statut social de leur propriétaire. Cet aspect symbolique a inspiré l’hameçon magique du demi-dieu Maui dans le film Vaiana (2016).

Herminettes toki, île de Mangaia

Sur l’île de Mangaia, certaines herminettes, dotées de manches richement sculptés et non fonctionnels, avaient un rôle purement cérémoniel. Sculptées d’un seul bloc monoxyle, elles témoignent d’un artisanat raffiné. Leurs lames en pierre, fixées par des liens en fibres végétales aux motifs élaborés, étaient parfois perçues comme des représentations divines.
Une légende raconte que le dieu Tanemataariki se serait incarné dans une herminette pour échapper aux missionnaires. Ces objets avaient une grande valeur culturelle, et dès le XIXe siècle, des modèles furent fabriqués pour satisfaire la demande des visiteurs étrangers. Les herminettes ajourées étaient appelées toki mahia, tandis que celles au manche plein portaient le nom de toki tamaki.

Nous vous proposons en galerie un bel exemplaire d’herminette toki tamaki, voir ici.

Pagaie cérémonielle des îles Cook, XIXe siècle

Les îles Cook et l’archipel des Australes sont réputés pour leurs pagaies en bois finement décorées. Curieusement, elles n’ont été répertoriées qu’au XIXe siècle, alimentant l’idée qu’elles étaient conçues pour le commerce avec les marins européens. Pourtant, des témoignages espagnols du XVIIIe siècle mentionnent des pagaies ouvragées à Raivavae, et des pagaies cérémonielles similaires existent à Rapa Nui, certaines datant d’avant le contact avec les Européens. Il est donc probable que cet art soit bien plus ancien. Leur décoration sophistiquée suggère un usage cérémoniel ou sacré plutôt que pratique.

Massue fa’alautalinga, Samoa

Talinga signifie champignon, d’où le nom des massues fa'alautalinga, en forme de champignon. Le décor de leur tête symbolise à la fois l’emballage des armes dans des étoffes et la puissance qu’elles incarnent. Leur manche, souvent perforé, facilitait leur suspension, une caractéristique courante en Samoa et à Tonga. Les échanges étroits entre ces archipels rendent parfois difficile leur distinction, hormis par le support des trous de suspension : une languette plate et triangulaire aux Samoa, un bouton plus massif à Tonga.

Statue ti’i, Tahiti (à droite) - Pilon penu (à gauche)

Les représentations d’ancêtres divinisés sont essentielles en Polynésie et varient selon les îles. Appelés ti’i à Tahiti et tiki ailleurs, ces figures étaient associées aux sites cultuels (marae) ou marquaient des zones temporairement taboues.
Selon les récits du XVIIIe siècle, elles n’étaient « habitées » que lors de cérémonies spécifiques. L’explorateur Thor Heyerdahl voyait en elles une preuve d’origine sud-américaine des Polynésiens, mais cette hypothèse, invalidée par des preuves linguistiques et génétiques, a été abandonnée au profit de l’origine asiatique.

Guerre et esthétique dans les arts premiers d’Océanie

Massue U’u, îles Marquises

Le u’u est la massue emblématique des Marquises, à la fois arme et symbole de pouvoir pour les chefs. Plus grande et plus lourde que toutes les autres massues polynésiennes, elle était fabriquée sur mesure. Son décor complexe entrelace des figures de tiki et de divinités, renforçant son mana (force spirituelle). Comme Janus, ses faces évoquent un visage humain qui semble toujours fixer l’adversaire, avec des yeux et nez formés de petits tiki. Certains motifs rappellent le tatouage « yeux brillants », lié aux prêtres et aux rites funéraires. Sa teinte sombre résultait d’une immersion dans des champs de taro, suivie d’un polissage à l’huile de coco.

Éventail tahi’i, îles Marquises

Aux Marquises, « porter l’éventail » symbolisait le pouvoir, réservé aux ariki (chefs), à leurs épouses et à quelques dignitaires. Les tahi’i servaient aussi d’offrandes entre chefs et pouvaient exprimer un souhait de paix. Leur vannerie sophistiquée, souvent blanchie au kaolin ou au corail pilé, constituait un décor à part entière. Les manches, en bois, en ivoire ou combinant les deux, étaient richement sculptés, intégrant des figures de tiki (ancêtres), emblématiques de l’art marquisien.

Récipient umete, îles Marquises

En Polynésie, la préparation des repas obéit à des règles strictes (tapu), séparant les aliments des hommes et des femmes. Les umete (récipients) jouent un rôle symbolique dans ce rituel, ornés de motifs inspirés des tapa (textiles en écorce battue) et de figures de tiki (ancêtres). La fabrication artisanale, considérée comme une création sacrée, nécessitait l’isolement des artisans pour éviter toute contamination spirituelle.
Conscients de l’intérêt des étrangers, les Marquisiens produisirent aussi ces objets pour le commerce, notamment au XIXe siècle, échangeant certains contre des armes dans une tentative de résistance face à la colonisation européenne.

Ornement d’oreille pour homme ha’akai, îles Marquises

Ornements d’oreille pour femme taiana, îles Marquises

Aux îles Marquises, tatouages et parures occupent une place essentielle. Les parures éphémères (fleurs, feuilles, plumes) étaient les plus courantes, mais on trouvait aussi des colliers, diadèmes en nacre ou écaille de tortue, et divers ornements d’oreille. Les taiana, fixés par un ergot, étaient destinés aux femmes, tandis que les ha’akai, attachés par une cordelette, étaient réservés aux hommes.
Tous ces bijoux étaient ornés de tiki (ancêtres). En 1843, l’explorateur Edmond Ginoux de la Coche remarqua que chaque Marquisien portait quotidiennement ces ornements, personne n’osant se montrer sans les oreilles « garnies ».

Bandeau frontal peue ei, îles Marquises

Au XIXe siècle, un peue ei était estimé à la valeur de quatre cochons, soulignant son importance. Ces colliers, apparus après les premiers contacts avec les Européens, étaient souvent échangés avec les marins de passage. Composés de petites dents de dauphin regroupées en bouquets, ils étaient fixés sur des boucles en fibre de coco rigidifiées par des perles de verre. L’ensemble était monté sur un bandeau tressé, ajoutant à leur raffinement.

Récipient umete, îles Marquises

Prestige et autorité au cœur des arts du Pacifique

Repose-pieds d’échasse tapuvae, îles Marquises

Lors de certaines cérémonies, notamment funéraires, les jeunes Marquisiens s'affrontaient dans des combats d'échasses, représentant leur clan, village ou vallée. Les chutes étaient moquées avec bienveillance par le public. Le sens précis de ces joutes reste inconnu, mais elles pourraient symboliser des affrontements guerriers.
Les étriers des échasses, sculptés en forme de tiki (ancêtre), avaient leur chignon comme repose-pied. Les deux pièces présentées ici proviennent de paires d'échasses distinctes.

Anneau en forme de figurine anthropomorphe tiki ivi p'o’o, îles Marquises

Le tiki (ancêtre) marquisien domine l’ornementation, non comme une simple représentation, mais pour renforcer le mana (force intrinsèque) des objets.
Les tiki ivi po'o, sculptés dans de l'os humain (fémur ou humérus d’un proche défunt), possèdent une puissance particulière et ornaient des objets sacrés comme des trompes, tambours ou plats.
L’exemplaire présenté ici se distingue par l’ajout de cheveux humains en petites boucles, un élément hautement symbolique en Polynésie, renforçant encore son mana. Des pratiques similaires existaient à Rapa Nui et Hawaii, où les cheveux servaient à orner des offrandes ou des insignes de pouvoir.

Statuette tiki, îles Marquises

Pipe, Nouvelle-Zélande

Dès les premiers contacts avec le monde extérieur, les Maoris adoptèrent le tabac comme un bien de prestige réservé à leurs hauts dignitaires, hommes et femmes. Ils commencèrent rapidement à fabriquer leurs propres pipes, s’inspirant des modèles anglais tout en y intégrant des motifs traditionnels.
Ces ornements leur conféraient non seulement du mana (force spirituelle) mais aussi un statut symbolique et prestigieux.

Lance taiaha, Nouvelle-Zélande

Les sociétés maories étaient marquées par des conflits fréquents, ce qui explique la présence de fortifications (pa), rares en Polynésie. Le taiaha est une arme emblématique, souvent appelée lance bien qu’elle ne soit ni projetée ni utilisée d’estoc. Elle possède deux extrémités actives : l'une, en forme de langue sortant d’un double visage de tiki (ancêtre), servait à frapper l’adversaire au ventre, tandis que l’autre, une lame plate, visait le haut du corps en cas d’esquive. Son maniement, basé sur des rotations rapides à deux mains, évoque celui d’une double pagaie.
Aujourd’hui encore, des écoles enseignent l’art du taiaha, désormais utilisé dans des combats symboliques (wero), où le guerrier doit impressionner sans toucher son adversaire.

Collier de noble lei niho palaoa, Hawaii

Le lei désigne le collier, le niho la dent et le pala'o le morse. Ces colliers, ornés d’un grand crochet, étaient réservés aux élites, hommes et femmes. D’abord sculptés en pierre, nacre ou bois, ils ont ensuite intégré des dents de mammifères marins, obtenues auprès des baleiniers du XIXe siècle. Les tresses soutenant le crochet, hautement symboliques, étaient réalisées en cheveux humains soigneusement nattés.
Un seul lei niho pala'o nécessitait environ 300 tresses, soit 400 m de cheveux, un matériau sacré pour les Maoris, qui associaient à la tête et aux cheveux un mana puissant.

Massue kotiate, Nouvelle-Zélande

Semblables aux patu, les kotiate sont des armes de poing utilisées pour frapper l’adversaire au niveau du foie. Fabriqués en bois ou en os, ils arborent des motifs décoratifs typiquement maoris. Cependant, leur fonction était avant tout symbolique : les chefs les brandissaient lors de leurs discours et leur attribuaient souvent un nom propre.
Ainsi, en 1883, lors d’un accord de paix, le chef Tawhiao, roi d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande), offrit aux Anglais son kotiate, nommé Apanui.

Hameçons en pierre mangai maea, Rapa Nui

Divinités et arts dans les Mers du Sud

Pochoir et outils pour la décoration de textiles en écorce battue tapa, Hawaii et Wallis-et-Futuna

La fabrication du tapa, également appelé kapa à Hawaï, est une pratique ancestrale en Polynésie. Ce tissu est confectionné à partir de l'écorce interne de certains arbres, principalement le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera).
Après avoir récolté et trempé l'écorce, celle-ci est battue avec des maillets en bois pour obtenir une étoffe fine et souple. Les motifs décoratifs sont ensuite appliqués à l'aide de colorants végétaux, utilisant diverses techniques telles que le tamponnage, le pochoir ou le dessin à main levée.
À Wallis-et-Futuna, le tapa, connu sous le nom de gatu ou siapo, revêt une importance culturelle particulière. Sa confection mobilise souvent les femmes de la communauté, notamment lors de la réalisation de grandes pièces destinées aux cérémonies traditionnelles. Les motifs et les techniques varient selon les îles, reflétant la richesse et la diversité des traditions polynésiennes.

De gauche à droite objets de l’île de Pâques :
- Tête de dieu Makemake
- Massue ua
- Chapeau hau maroki
- Crâne d’ancêtre
- Niuhi (esprit)

Figurine d’homme aux côtes moai kavakava, Rapa Nui

Les moai kavakava sont les statuettes en bois les plus emblématiques de Rapa Nui. Représentant des figures mi-chair, mi-squelette (kavakava signifie « côte »), leur fonction exacte reste inconnue.
Selon des témoignages du XIXe siècle, elles étaient exhibées lors de fêtes, portées à la main ou suspendues au cou. En Polynésie, les figures squelettiques sont associées aux esprits de l’au-delà (varua ou akuaku), redoutés pour leur influence bénéfique ou maléfique.
Ces statues rappellent les hey tiki d’Aotearoa, dont les côtes sont aussi sculptées. Fabriqués en toromiro, un bois sacré soumis à des tapu, certains moai kavakava sont datés du XVe siècle, dont cet exemplaire, l’un des plus remarquables connus.

Figurine d’homme-lézard moai tangata moko, Rapa Nui

Les moai tangata moko sont des figures hybrides associant la silhouette d’un lézard (moko) à des traits humains (tangata), comme le sexe, les membres et une partie du squelette. Leur apparence mi-chair, mi-squelette les classe parmi les esprits. Jusqu’au début du XXe siècle, ils étaient agités devant les nouvelles maisons pour éloigner les mauvais esprits et exhibés lors de cérémonies.
L’exemplaire présenté ici est l’un des plus remarquables connus, son corps courbé épousant la forme naturelle de la branche de toromiro (arbre sacré) dans laquelle il a été sculpté.

Figurine tiki, Nouvelle-Zélande

En Aotearoa (Nouvelle-Zélande), comme partout en Polynésie, les figures d’ancêtres (tiki) sont omniprésentes, ornant architectures, armes et objets du quotidien. L’exemplaire présenté ici appartient à un art tardif destiné aux échanges, avec des motifs gravés reprenant les tatouages faciaux traditionnels, appelés moko.
Fondamental dans la culture maorie, le moko était soumis à des tapu (tabous) et portait une signification précise, loin d’un simple choix esthétique. Il était réalisé à l’aide d’outils en os et en bois, avec une encre tirée de baies.

Une visite de l’exposition “Trésors de Polynésie” fêtant le 40ᵉ anniversaire du Musée du Malgré-Tout – Parc de la Préhistoire à Treignes.

Bien que souvent idéalisée comme un paradis tropical, cette région du Pacifique central et oriental demeure méconnue en Europe. Pourtant, elle témoigne de l’extraordinaire maîtrise maritime des Polynésiens, qui, en trois à quatre millénaires, ont peuplé des centaines d’îles dispersées sur plus de 160 millions de km² d’océan.

La Polynésie est aussi un monde où tout est imprégné de mana, une force intrinsèque, conférant aux objets et aux paysages une signification particulière. Ce regard unique sur l’univers se reflète dans des traditions et un artisanat d’une grande richesse.

L’exposition présente 90 artéfacts remarquables issus de Tahiti, des Marquises, de la Nouvelle-Zélande, de Rapa Nui, des îles Cook, des Samoa et de Tonga, offrant ainsi une immersion dans ces cultures fascinantes.

Visite de la collection permanente d'art ethnographique du MRAC

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Musée royal de l’Afrique centrale

Visite des collections ethnographiques avec Galerie Loiseau & Zajega Arts

Loiseau & Zajega vous font découvrir aujourd’hui la collection permanente d’objets ethnographiques du Musée royal de l’Afrique centrale. Faute de pouvoir le visiter en cette première moitié d’année 2020, appréciez une sélection d’objets de République démocratique du Congo, d’Angola et de Zambie grâce à notre reportage photo. Cet article fait suite à la visite de l’exposition temporaire “Art sans pareil” que nous vous proposions en octobre dernier.
Pensez à cliquer sur les images pour les agrandir.

Statues du culte des ancêtres

Les statues d’ancêtres expriment la sagesse et la force spirituelle de l’ancêtre qui veille sur sa descendance. Elles occupaient une place centrale dans les offrandes et les rites visant à attirer les faveurs des ancêtres. Elles étaient également utilisées pour légitimer le pouvoir du chef ou confirmer son autorité sur un territoire.

  • Statue d’ancêtre Bembe EO.0.0.14798
    Baraka, Sud-Kivu - Cordia africana
    Offerte par M. Piletteo, 1913
    Cette statue représente un ancêtre Luba. La barbe et la coiffure en croix indiquent un statut social élevé.

  • Statue d’ancêtre Hemba EO.1992.28.1
    Sayi, Tanganyika - Milicia excelsa
    Offert par R. Boël, 1992
    Cette statue est l’oeuvre d’un artiste Hemba. Les mains symbolisent la succession des générations.

  • Statue d’ancêtre Kipona Hemba EO.1972.171
    Province du Katanga - Pterocarpus tinctorius
    Achetée à E. Deletaille, 1972

Les peuples Bembe attribuaient aux statues d’ancêtres un nom et une place dans l’arbre généalogique. Généralement, elles étaient conservées ensemble dans de petits sanctuaires.

Statues tombales Yombe

Au début du XXe siècle, des statues en bois hautes en couleur apparaissent sur les tombes yombe. Elles représentent un homme ou une femme tenant en main une bouteille et une tasse, voire un instrument de musique. Parfois, un parapluie ou un petit toit de bois et de feuilles de bananier les protégeait de la pluie.

  • Statue tombale Yombe : EO.0.0.1040-2
    Offerte pas H. Deleval, 1910

  • Statue tombale Yombe EO.1960.32.1
    Achetée à E. Beer, 1960

Entre la vie et la mort

En Afrique centrale, la mort est souvent considérée comme le passage du monde des vivants vers celui des morts. Les membres décédés de la famille y sont commémorés avec respect et déférence. Ils exercent un impact continu sur le bien-être des vivants, mais sont souvent imprévisibles.
Ceux qui ont mené une vie exemplaire et conçu une nombreuse progéniture acquièrent le statut d’ancêtres dans la mémoire de la société. Les ancêtres sont invoqués lors de problèmes divers, ou peuvent apporter la prospérité collective sous forme de pluie ou de succès à la chasse. Un ancêtre peut aussi se réincarner dans le corps d’un nouveau-né et revenir ainsi parmi les vivants.

Il émane de ces statues de l’autorité et de la dignité. Elles représentent probablement le chef tabwa Kansabala et son épouse, à moins qu’il ne s’agisse de leurs ancêtres. L’ajout de matières médicinales et de cornes d’antilope montrent que ces statues avaient également des fonctions protectrices. En 1884, ces statues ont été prises lors de l’expédition violente menée par le lieutenant Émile Storms à l’encontre des chefs tabwa Lusinga et Kansabala. Afin d’acquérir le contrôle de la région, Storms avait reçu l’ordre de soumettre les dirigeants africains à tout prix.

Jusqu’en 1930, ces statues se trouvaient dans la maison bruxelloise d’Émile Storms. Elles y figuraient parmi d’autre trophées témoignant de sa “victoire” sur les peuples tabwa.

  • Statue d’ancêtre Tabwa EO.0.0.31664
    Marangu, Tanganyika - Cola

  • Statue d’ancêtre Tabwa EO.0.31663
    Marangu, Tanganyika - Ficus mucuso
    Pièces saisies par Émile Storms en 1884 et offertes par sa veuve en 1930.

Seto et Nabo, statues des fondateurs Ngbaka

Ces statues représentent Seto et sa soeur et épouse Nabo, les père et mère originels des peuples Ngbaka. Seto et Nabo repoussaient les mauvais esprits et étaient invoqués en cas d’accident et de maladie, ou en cas de revers pendant la chasse.

  • Statue du fondateur mythique Seto Ngbaka EO.0.0.40032

  • Statue de la fondatrice mythique Nabo Ngbaka EO.0.0.40033
    Sud-Ubangi
    Pièces offertes par A. Bertrand, 1942

Masque et costume dans l’art africain

Un masque consiste en un masque couvrant le visage ou la tête, un costume et une chorégraphie. Ces éléments forment un tout indissociable mais sont rarement montrés ensemble en dehors de leur contexte d’origine. Avec leur goût de la sculpture figurative, les musées et collectionneurs occidentaux appréciaient surtout les qualités artistiques des masques faciaux ou couvrant la tête. Ils s’intéressaient moins aux costumes, notamment parce que ceux-ci étaient composés de matériaux plus périssables comme des fibres, des peaux et des plumes. Leur valeur artistique n’était guère reconnue et ils étaient rarement collectionnés.

  • Masque et son costume Kete EO.0.0.32538
    Mboie, Kasaï-Central - Vitex congolensis
    Offert par F. Wenner, 1930
    Les peuples Kete appartenaient au royaume Kuba et pratiquaient des rites funéraires complexes comparables. Ce masque dansait à la fin de la période de deuil, généralement un ou deux mois après le décès.

  • Masque Inuba Kuba EO.0.0.3704
    Kasaï-Occidental - Ricinodendron heudelotii
    Acquis avant 1898
    Le personnage d’Inuba intervenait lors des enterrements de chefs importants dans le sud de la région des peuples Kuba. Inuba approchait du cercueil et suppliait l’esprit du défunt de partir sans nuire à quiconque.

  • Masque Ishyeen imaalu Kuba EO.1951.31.213
    Kasaï - Ricinodendron heudelotii
    Acheté à R. Blondiau, 1951
    Ce masque dansait pendant les enterrements de membres de l’association des Babende. Les yeux en caméléon exorbités évoquent peut-être la capacité à voir l’invisible.

  • Masque Bongo Kuba EO.0.0.35309
    Kasaï-Occidental - Ricinodendron heudelotii
    Offert par H. Lambert, 1933
    Ce masque représente probablement Bongo, un personnage lié à l’association fermée des Babende. Les mouvements abrupts et débridés que le danseur masqué effectuait pendant la performance évoquent ses liens avec les ngesh, des esprits qui erraient dans la forêt.

Chaises européennes, images africaines

Les commerçants Chokwe reliaient les comptoirs européens de la côte aux peuples de l’intérieur du pays. Ces contacts donnaient aussi lieu à des échanges culturels et artistiques. Au XVIIIe siècle, les artistes Chokwe se sont mis à fabriquer des chaises d’inspiration portugaise. Elles sont devenues par la suite de véritables symboles de pouvoir.

  • Chaise Chokwe EO.0.0.20594
    Kasaï - Vitex donania
    Offerte par N. Arnold, 1917
    Cette chaise appartenait à un chef Chokwe. Les personnages qui ornent le dossier représentent des danseurs masqués.

  • Sceptre et tabatière Chokwe EO.0.0.41233
    Sandoa, Lualaba - Uapaca
    Acheté à Mrs R. Williame, 1945

Chez les Luba, les tabourets sont principalement utilisés pendant l’intronisation des chefs et des rois. Ils sont censés contenir l’esprit du chef politique et le protéger après sa mort. Le personnage sculpté représente la femme luba idéale.

  • Tabouret Luba EO.0.0.23137
    Ankoro, Tanganyika - Ricinodendron
    Acheté à F. Michel, 1919

Pendant leur intronisation, les chefs luba buvaient une boisson rituelle dans cette coupe. Les deux personnages qui tiennent la coupe représentent des esprits protecteurs. Les lézards qui ornent le couvercle rappellent les esprits terrestres que le chef devait garder sous contrôle.

  • Coupe Kiteya Luba EO.0.0.3861
    Tanganyika - Schinziophyton rautanenii
    Acquise avant 1898

Culture Lega : les objets d’art liés au bwami

Chez les peuples Lega, l’association bwami assurait la cohésion et la collaboration entre les villages. Elle a ainsi créé une forme d’organisation sociale et politique non centralisée. L’association bwami reposait sur une organisation hiérarchique. Les niveaux inférieurs s’occupaient de l’éducation morale des jeunes hommes. Les niveaux supérieurs n’étaient accessibles qu’aux hommes et aux femmes qui menaient une vie exemplaire et étaient prédestinés à assumer une fonction dirigeante au sein de l’association et du village. Les hommes ne pouvaient monter au plus haut niveau de la hiérarchie que si leurs épouses étaient initiées dans les grades féminins équivalents.

Les figurines en ivoire renvoyaient à des proverbes et avaient un rôle didactique. La dureté de l’ivoire représentait la continuité et des pouvoirs de guérison y étaient également attribués. Les figurines étaient transmises d’une génération à l’autre et acquéraient ainsi une patine douce et brillante très appréciée.

  • Statuette Iginga Lega EO.1955.3.136
    Pangi, Maniema
    Collectée par Biebuyck, 1952

  • Statuette Iginga Lega EO.0.0.38610
    Sud-Kivu
    Achetée à A. Van Hooren, 1939

  • Statuette Iginga Lega EO.0.0.38694
    Sud-Kivu
    Achetée à A. Van Hooren, 1939

  • Statuette Iginga Lega EO.1955.3.102
    Pangi, Maniema
    Collectée par Biebuyck, 1952

  • Statuette Lega EO.0.0.38582
    Achetée à A. Van Hooren, 1939

  • Statuette Kalimbangola Lega EO.0.1959.35.2
    Maniema
    Achetée à A. Van Loo, 1959

  • Statuette Kamwenne ku masengo Lega EO.0.1955.3.150
    Pangi, Maniema - Alstonia congensis
    Collectée par Biebuyck, 1952

  • Statuette Wabalenga Lega EO.1955.3.145
    Pangi, Maniema
    Collectée par Biebuyck, 1952
    Cette figurine était un bien collectif. Elle représente Wabalenga “celui qui surpasse tout le monde”, l’initié supérieur sans qui il n’était pas possible de progresser au sein de l’association bwami.

  • Figurine animale Lega EO.1951.11.40
    Maniema
    Achetée à Mrs. Lemborelle, 1951

  • Figurine animale Lega EO.1951.11.41
    Maniema
    Achetée à Mrs. Lemborelle, 1951

  • Figurine animale Lega EO.0.0.38719
    Sud-Kivu
    Achetée à A. Van Hooren, 1939

Les masques bwami renvoient aux membres exemplaires du bwami des générations précédentes. Ils étaient surtout utilisés dans des installations didactiques pour les initiés des grades supérieurs. Pendant les rituels, ils étaient tenus devant le visage, ou contre la tempe, la nuque ou l’épaule. Les masques en ivoire étaient appelés “crânes paternels” et servaient pendant les enseignements sur la mort.

  • Masque Muminia Lega EO.1955.3.1
    Pangi, Maniema - Coelocaryon preussi
    Collecté par Biebuyck, 1952

  • Masque Lega EO.0.0.38753
    Maniema
    Acheté à A. Van Hooren, 1939

  • Masque Lukwakongo Lega EO.1955.3.4
    Pangi, Maniema - Crossopteryx febrifuga
    Collecté par Biebuyck, 1952

  • Masque Lukwakongo Lega EO.1962.46.1
    Pangi, Maniema - Alstonia congensis
    Acheté à Nicolas de Kun, 1962

  • Masque Lukungu Lega EO.0.0.38741
    Sud-Kivu
    Acheté à A. Van Hooren, 1939

  • Cuillère Kalukili Lega EO.1959.35.7
    Maniema
    Acheté à A. Van Loo, 1959

  • Cuillère Kalukili Lega EO.1953.29.4
    Sud-Kivu
    Achetée à M. Delorme, 1953

  • Cuillère Kalukili Lega EO.1955.3.94
    Shabunda, Sud-Kivu
    Collectée par D. Biebuyck

Les villages qui collaboraient sur une base d’égalité étaient beaucoup plus difficiles à intégrer dans le système colonial que les royaumes centralisés. Les autorités belges considéraient dès lors que les institutions bwami ne constituaient pas une base solide pour la gouvernance indirecte : elles les jugeaient trop incontrôlables, arriérées et suspectes. En raison de leur caractère fermé, elles étaient souvent considérées comme des associations “secrètes”, voire comme une forme organisée de résistance. En 1947, les autorités coloniales ont interdit toute les initiations bwami. Toutefois, certains fonctionnaires coloniaux sympathisaient avec les pratiques bwami et les toléraient.

Statues moralisatrices Lega

Les associations Lega n’avaient pas d’autorité centrale mais étaient dirigées par une association structurée de façon hiérarchique : le bwami. Celui-ci comprenait différents grades, dont les plus élevés n’étaient accessibles qu’aux couples mariés. Pendant les initiations, des installations éducatives composées de statues et d’objets symboliques étaient utilisées. Chaque statue représentait le personnage d’une métaphore ou d’un aphorisme et avait son propre nom. Elles servaient à enseigner les comportements moralement acceptables, et le rôle des hommes et des femmes au sein du mariage et de la société.

  • Statuette Wayinda Lega EO.1955.3.75
    Shabunda, Sud-Kivu
    Collecté par D. Biebuyck, 1952
    Offert par l’Institut pour la Recherche scientifique en Afrique centrale, Lwiro, 1955
    Ce personnage est Wayinda, une femme adultère tombée enceinte de son amant et ayant attiré ainsi la malédiction sur sa propre personne et sur sa famille. La statue évoque un proverbe : “Wayinda s’est tuée elle-même par souillure rituelle”.

  • Statuette Kakulu Lega EO.0.0.35409
    Kunda, Maniema
    Offerte par R. Baude, 1934
    Cette statue représente probablement Kakulu, “le malheureux époux trompé”. Il est le mari de Wayinda enceinte de son amant ou de Mukobania, la séductrice frivole qui aime semer la discorde.

  • Statue Mutu Nyabeidilwa Lega EO.1955.3.42
    Pangi, Maniema
    Collecté par Biebuyck, 1952
    Offert par l’Institut pour la Recherche scientifique en Afrique centrale, Lwiro, 1955
    Cette statue représente une femme qui ne cesse de fuir son mari et de retourner dans sa famille. Elle renvoie à un proverbe : “Calao a été surprise la nuit. Où qu’elle aille, elle doit toujours être rappelée à la maison.”

  • Statue Katanda Lega EO.1955.3.40
    Pangi, Maniema
    Collecté par Biebuyck, 1952
    Offert par l’Institut pour la Recherche scientifique en Afrique centrale, Lwiro, 1955
    Cette statue représente Katanda, une mauvaise femme adultère. Elle est tout ce qu’une femme bwami honnête ne doit pas être.

Les devins-guérisseurs en République démocratique du Congo

Les catastrophes naturelles, épidémies et autres coups du destin étaient généralement considérés comme des maladies sociétales. Celles-ci étaient à leur tour attribuées à une relation perturbée avec le monde des esprits. Pour éviter de tels malheurs et pour assurer le bien-être de la société, les chefs et aussi les gens ordinaires recouraient aux services de devins-guérisseurs, qui intervenaient en tant que médiateurs auprès du monde surnaturel.

Pour communiquer avec les esprits, le devin-guérisseur frappe en rythme sur un petit tambour à fente. Chez les peuples Yaka, chaque devin-guérisseur avait son propre esprit protecteur, qu’il invoquait à chaque rituel.

  • Tambours à fente masculin et féminin Yaka
    Gingungi, Kwilu
    Collectés par J. Thienpont, collection de l’ordre des Jésuites

Les peuples Kuba considéraient certains animaux comme des messagers du royaume des esprits. Un grand nombre de leur statuettes de divination représentaient ces animaux. Le devin-guérisseur frottait le dos de la statue avec un disque en bois tout en posant des questions. Lorsque le mouvement bloquait, il l’interprétait comme une réponse des esprits.

  • Oracle à friction Itombwa Kuba EO.0.0.20145
    Kasaï - Crossopteryx febrifuga
    Acheté à H. Pareyn, 1917

  • Oracle à friction Katatora Luba EO.0.0.23472
    Katanga - Crossopteryx febrifuga
    Acheté à la veuve de J. Michaux, 1919

  • Oracle à friction Katatora Luba EO.1980.2.1616
    Katanga
    Ex J. Walschot, 1980

Le devin-guérisseur et son client introduisaient chacun un doigt dans la partie creuse desobjet de divination Katatora. Pendant qu’ils le frottaient ensemble sur une natte, le devin-guérisseur interrogeait son client sur les causes du malheur qui l’avait frappé. Sous l’influence des esprits des ancêtres, l’objet effectuait des mouvements qui étaient ensuite interprétés par le devin-guérisseur.

L’association lemba dans le Mayombe

Lemba était une association rituelle active jusqu’au début du XXe siècle au nord du fleuve Congo inférieur. Lorsqu’une personne était admise dans l’association, cette adhésion s’accompagnait d’un mariage. En outre, un objet de force était confectionné en vue d’être utilisé par la suite dans des rituels de guérison. L’accès à l’association lemba était très coûteux, car il fallait offrir à boire et à manger à des centaines d’invités. Dans une société où l’égalité était une valeur importante, ce type de générosité contribuait à atténuer les conflits sociaux. L’investissement dans un moyen curatif était également bon pour l’image des riches membres du lemba, car il les protégeait contre la jalousie des autres.
Différents objets lemba représentent un couple marié. Leurs attributs et les postures qu’ils adoptent symbolisent la richesse, l’autorité et leur initiation aux arts rituels.

  • Objet de force, représentation d’un couple lemba Yombe EO.0.0.42920
    Mayombe
    Offert par L. Bittremieux, 1946

  • Objet de force, représentation d’un couple lemba Vili EO.1979.1.259
    Djéno, Kouilou
    Collecté par E. Dartevelle, 1938.

Art tribal africain et initiation mukanda

Aujourd’hui, les garçons luvale sont généralement initiés durant les vacances scolaires. Les mascarades makishi de fin d’initiation ont évolué jusqu’à donner lieu à de grandes fêtes et à des rassemblements sociaux et politiques importants. Parfois, les festivités éclipsent même l’objectif initial de l’école mukanda : l’éducation et l’enseignement.

  • Masque Nyau Chewa EO.2002.2.1
    Province du Sud, Zambie
    Collecté par B. Wastiau, 2002

  • Masque Katoyo Luvale EO.2002.2.41
    Province du Sud, Zambie
    Collecté par B. Wastiau, 2002
    Avec son nez pointu et sa moustache raide, ce masque représente un Européen. Il était utilisé lors des danses pour représenter les Européens comme des être gauches aux habitudes sexuelles étranges.

Art du Kongo Central et d’Angola

Dans la région du Mayombe (province du Kongo-Central), l’éducation des garçons comme des filles s’accompagnait d’une phase rituelle qui se déroulait dans un lieu isolé. Les garçons allaient à l’école khimba, un camp dans la forêt où ils recevaient l’enseignement d’un maître ainsi qu’un nouveau nom khimba. Les filles qui avaient atteint l’âge de se marier allait vivre dans la maison kumbi, où la vie de femme adulte leur était enseignée. Parfois, leur futur époux passait leur apporter des cadeaux.

  • Sceptre de danse Kongo EO.0.0.35045
    Muanda, Kongo-Central - Crossopteryx febrifuga
    Offert par L. Bittremieux, 1933
    Ce sceptre de danse khimba accompagnait la procession des garçons qui retournaient au village après leur séjour dans le camp en forêt. Il représente les deux garçons qui quittent le camp les premiers.

  • Fragment d’un montant de lit kumbi Yombe EO.0.0.35776
    Kangu, Kongo-Central - Adansonia digitata
    Offert par N. De Cleene, 1934
    Le lit dans la maison kumbi était orné de statuettes de filles et de leurs futurs époux. Leurs oncles maternels négociaient la dot.

Au début de la période coloniale, bien avant la reconnaissance de l’art africain en tant que tel, les statues de maternité de la région du Mayombe étaient très recherchées des collectionneurs. Les missionnaires et les médecins appréciaient particulièrement la manière dont elles exprimaient l’amour et le dévouement maternel. Les statues n’étaient pas tant collectionnées pour leur valeur ethnographique que pour leurs qualités artistiques. C’est pourquoi elles étaient souvent astiquées.

  • Statue de mère et enfant Pfemba Yombe EO.1948.371
    Mayombe, Kongo-Central - Nauclea pobeguinii
    Offerte par L. Bertrand, 1948
    Cette statue soigneusement astiquée a les yeux blancs accentués encore par des incrustations de verre en demi-lune. Le couvre-chef de forme mitrale est fréquent chez les statues phemba.

  • Statue de mère et enfant Pfemba Yombe EO.0.0.19848
    Mayombe, Kongo-Central - Celtis durandii
    Achetée à N. Arnold, 1917

  • Statue de mère et enfant Pfemba Yombe EO.0.0.24662
    Mayombe, Kongo-Central - Nauclea latifolia
    Ex J. De Briey, 1920

  • Statue de mère et enfant Yombe EO.1961.11.5
    Mayombe, Kongo-Central
    Achetée à J. Walschot, 1961
    Cette statue de mère et enfant est d’une taille inhabituelle et entièrement teinte en rouge. Les scarifications et les dents renvoient à l’idéal de beauté féminine des peuples yombe.

  • Statue de mère et enfant Vili EO.0.0.16610
    Cabinda, Angola
    Acquise avant 1898

  • Statue funéraire Ntadi Kongo EO.1953.32.24
    Noqui, Angola
    Achetée à R. Verly, 1953

Fertilité et autorité

Pour la plupart des habitants d’Afrique centrale, le fait d’avoir des enfants est un aspect important d’une vie accomplie. En témoignent les nombreuses statues de maternité réalisées par des artistes de régions et de périodes différentes.
Elles renvoient naturellement à la fertilité et à la reproduction, mais aussi, de manière plus générale, à la survie de la société, ce qui était l’une des responsabilités rituelles du chef. Ainsi les statues de maternité étaient-elles aussi souvent associées au pouvoir politique.

  • Mortier à tabac en forme de mère avec son enfant EO.1953.74.5465
    Tshikapa, Kasaï - Rubiaceae
    Collecté par A. Maesen, 1955

  • Statue de mère et enfant Luluwa EO.0.0.7157
    Kasaï-Central - Balanites wilsoniana
    Achetée à De Bruyn, 1912

Les statues pindi représentent souvent un homme et une femme, qui porte un enfant. Les chefs Mbala invoquaient la force de ces statues en cas de guerres, de mauvaises récoltes, d’épidémies ou de catastrophes naturelles. Les statues pindi jouaient également un rôle dans les rituels de succession et lors de l’intronisation d’un nouveau chef.

  • Statue de mère et enfant Mbala EO.0.0.16605
    Kwilu
    Acquise avant 1898

  • Statue de mère et enfant Yaka EO.0.0.44737
    Kwango - Crossopteryx febrifuga
    Offerte C. Elter, 1947

  • Statue de mère et enfant Yaka EO.0.0.35922
    Kwango
    Achetée à J. Javaux, 1935

  • Statue de mère et enfant Khosi Yaka SJ.388
    Ngowa, Kwango
    Collectée par J. Van Wing

  • Statue de maternité EO.1979.1.221
    Maquela do Zambo - Crossopteryx febrifuga
    Collectée par E. Dartevelle, 1938

Figures Mankishi : statues protectrices de la fertilité

Les peuples Songye avaient des statues dotées de forces particulières (mankishi, sing. nkishi). Ils les utilisaient pour guérir les maladies et se protéger. Les mankishi de petite taille servaient à résoudre des problèmes personnels ou familiaux. Les grands mankishi protégaient la société des accidents et de la sorcellerie. Ils assuraient la fertilité des femmes et aidaient les esprits des ancêtres à se réincarner dans les corps des nouveaux-nés.

Les grands mankishi étaient généralement commandés à des sculpteurs de renom et servaient au village durant de nombreuses générations. Ils étaient activés au moyen de substances dotées de forces naturelles introduites par le nganga dans des cavités pratiquées dans la tête et le ventre de la statue. Le nganga est l’expert rituel capable de communiquer avec le monde des esprits.

  • Objet de force Nkishi Songye EO.1980.2492
    Lomami
    Ex J. Walschot, 1980
    Les baguettes incurvées de nkishi renvoient probablement à la créature mythique de “l’arc-en-ciel”. Il capte les esprits des défunts au moyen de deux crochets et les renvoie à la terre, où ils se réincarnent dans les corps des nouveaux-nés.

Masques de bois et de fibres

  • Masque Yaka EO.0.0.31424
    Kwango - Alstonia congensis
    Ce masque était tenu devant le visage à l’aide d’une poignée. La maisonnette évoque le futur logement des garçons initiés, prêts désormais à fonder une famille et à procréer.

  • Masque Kamdaandzya Yaka SJ.1327
    Kingunda, Kwango
    Collecté par A. Pauwels. Collection de l’ordre des Jésuites, 1929.
    Ce masque en fibres représente Tsetsi, une petite antilope rusée qui, dans les fables, échappe toujours aux prédateurs. Pendant le mukanda, elle faisait figure d’exemple pour les garçons.

  • Masque-heaume Suku EO.0.0.15374
    Kindundu, Kwilu - Ricinodendron heudelotii
    Offert par la Compagnie du Kasaï, 1913
    Les artistes des peuples Suku réalisaient d’élégants masques à visage blanc et les décoraient avec des scènes représentant des humains, des oiseaux ou d’autres animaux.

  • Masque Kisokolo Nkanu EO.1991.21.2
    Kimvula-Madimba, Kongo-Central
    Créé par Ignace Magebuka, 1991
    Acheté à A. Van Damme, 1991
    Kisokolo représente un coureur de jupons. Son nez recourbé est un symbole phallique. À la fin du mukanda, il dansait avec le masque féminin makemba en effectuant des mouvements sensuels.

  • Masque Ndeemba Yaka EO.0.0.1929-2
    Popokabaka, Kwango - Alstonia congensis
    Offert par A. Verhavert, 1910
    Le nez de de ce masque représente une trompe d’éléphant, symbole de virilité. À la fin du mukanda, il était coupé et brûlé. Les cendres étaient utilisées comme amulette de fertilité lors du mukanda suivant.

  • Masque Kakuungu Suku EO.0.0.26520
    Gingungi, Kwilu
    Offert par J. Van Wing, 1922
    Ce masque Kakuungu, était porté par les maîtres initiateurs. Il effraie et impose l’obéissance tout en protégeant les garçons contre la sorcellerie. Le jour de la circoncision, Kakuungu encourageait les garçons à se montrer courageux.

  • Masque-heaume Hemba Kwese EO.0.0.37175
    Kikwit, Kwilu - Ricinodendron heudelotii
    Offert par J. de Decker, 1937
    Ce masque-heaume, qui recouvre entièrement la tête du danseur, est typique des peuples hemba. Il a été réalisé dans un bloc de bois évidé.

  • Masque Gitenga Pende de l’Ouest EO.1980.2.1162
    Kwilu
    Ex J. Walschot, 1980
    Gitenga était le meneur d’un groupe de masques aux yeux exorbités et vêtus de filets. Ensemble, ils semaient la terreur dans le camp. Gitenga représente le soleil couchant et symbolise la régénération.

  • Masque Pwo Chokwe EO.0.0.32510
    Région de Tshikapa, Kasaï - Alstonia
    Offert par A. Gohr, 1930
    Ce masque représente la femme idéale mais était porté par un homme. Pwo porte de superbes scarifications et des dents limées (deux signes de beauté) et est un être surnaturel bienveillant.

  • Masque Luluwa EO.0.0.3341-3
    Kasaï-Occidental - Alstonia congensis
    Acheté à H. Pareyn, 1911
    Les peuples Luluwa ont repris les pratiques et les masques du mukanda de leurs voisins Chokwe. À la fin de l’initiation, ce masque chassait les mauvais esprits au moyen de son épée.

La collection d’art africain Aloïs Tembo

Aux environs de Kangu, un village de la région du Mayombe (province du Kongo-Central), une collection unique de statues de force a été constituée en 1915. Ces objets, qui se représentent sous des formes humaines, animales et autres, avaient été données par leurs propriétaires à la mission catholique. Aloïs Tembo, un catéchiste local, a consigné le nom de ces statues et noté celles qui étaient utilisées à des fins divinatoires, médicinales ou de protection spirituelle.

  • Statue de pouvoir Nkisi Manyangu Yombe EO.0.0.22485
    Mayombe
    Achetée aux Missionnaires de Scheut, 1919
    Ce nkisi impressionnant était connu sous le nom de Manyangu. Il provoquait le lubanzi chez ses victimes, une maladie qui s’accompagne de points de côté et de difficultés respiratoires.

  • Statue de pouvoir Nkisi Mambuku Mongo Yombe EO.0.0.22438
    Mayombe
    Achetée aux Missionnaires de Scheut, 1919
    Mambuku Mongo était un nkisi qui se présentait tantôt sous forme humaine, tantôt sous forme non figurative. Il était surtout utilisé à des fins divinatoires, mais il pouvait aussi donner des maux de tête ou même provoquer la folie. Les propriétaires étaient souvent des femmes qui dansaient, chantaient, secouaient des hochets et reniflaient la statue pour savoir ce que le nkisi avait à dire.

Renommée et prestige : art royal Kuba

Grâce aux premières collections d’art kuba et aux ouvrages des premiers anthropologues tels qu’Émil Torday (1875-1931), celui qui a acquis la statue ndop du roi Miko miMbul, les milieux européens ont rapidement pris conscience que les peuples kuba avaient une culture matérielle très développée. Cette réputation a contribué à ce que le royaume kuba puisse conserver une position relativement autonome au sein de l’état colonial. La cour kuba entretenait aussi des contacts avec le monde extérieur. Ainsi, Mbop Mabinc maKyeen, qui a régné de 1939 à 1969, a reçu à plusieurs reprises des visites royales européennes et entretenait une correspondance avec des personnes en dehors du Congo.

Les ndop sont des statues commémoratives pour les rois (nyim). L’identité du roi est indiquée par l’ibol, le symbole personnel de sa royauté, représenté devant lui. Ce ndop représente le roi Miko miMbul, qui a régné au début du XIXe siècle. Son ibol est parfois interprété comme représentant une jeune esclave.

  • Statue royale Ndop Kuba EO.0.0.27655
    Mushenge, Kasaï - Crossopteryx febrifuga
    Collectée par Mr. Vandenabeele. Offert par les Amis du Musée, 1924

  • Coupe anthropomorphe Kuba EO.0.0.2555-7
    Kasaï-Occidental
    Acquise avant 1898
    Ce récipient a la forme d’une tête humaine. Les jambes sont directement rattachées à la nuque. Les détails du visage rappellent le style de certains masques kuba.

  • Appui-tête Kuba EO.0.0.19224
    Kasaï-Occidental - Crossopteryx febrifuga
    Collecté par J. Maes, 1914
    Des objets utilitaires de la vie quotidienne, comme les appui-têtes, témoignent eux aussi de la maîtrise atteinte par les artistes kuba sur le plan de la conception, du jeu des lignes et des volumes.

La liste d’objets présentés dans cet article n’est bien entendu pas exhaustive et nous vous encourageons à visiter le Musée royal de l’Afrique centrale afin d’en découvrir les chefs d’œuvre. Les collections ne se limitent d’ailleurs pas aux objets d’art tribal mais comportent également un échantillon des richesses minérales et biologiques de la République démocratique du Congo ainsi qu’une aile dédiée à l’histoire coloniale belge.

Galerie L&Z Arts partenaire du Musée International du Carnaval et du Masque de Binche

Etienne Z

Quel meilleur lieu pour accueillir le Musée International du Carnaval et du Masque que le centre de la ville de Binche dont le carnaval vieux de plus de six siècles a été élevé au rang de patrimoine culturel et immatériel de l'humanité par l'UNESCO ?
Passons cette question rhétorique et découvrez notre visite exclusive de ce lieu au sein duquel vous voyagerez parmi les traditions masquées du monde entier.

Le musée est installé dans ce qui était au départ l'ostel du comte de Lalaing dont la première mention date de 1570, un lieu d'intérêt donc, qui a traversé les siècles et a accueilli diverses institutions avant d'être classé en 1965 par la Commission royale des Monuments et des Sites. C'est en 1975 que Samuel Glotz inaugure le musée qui n'a cessé de se réinventer et dont les collections atteignent désormais les 10 000 pièces (masques, tenues, instruments, marionnettes et autres objets connexes confondus). Stéphane et moi avons été aimablement reçus par la directrice actuelle, Mme Clémence Mathieu qui nous a fait visiter la partie publique mais également le Saint des saints du musée : la réserve où dorment les pièces attendant patiemment d'être exposées.

Des masques revisités et des fétiches

Concrètement, le rez-de-chaussée accueille les expositions temporaires à thème mettant à l'honneur des artistes et des structures partenaires. Lors de notre visite, on pouvait, en autres, observer une ré-interprétation de masques phares de l'art africain — Songye, Lega, Pende — créée par l'artiste plasticien Jean-Marc De Pelsemaeker dont le support de développement de l'écriture picturale emprunte souvent des thèmes trouvés dans l'histoire de l'art, la religion, la vie quotidienne. Des masques africains récents sont ici couverts d'une couche de peinture phosphorescente complétée d'une calligraphie personnelle chargée d'images et de symboles.

La suite du niveau est actuellement attribuée à l'exposition "Guérir - Ensorceler" faisant découvrir au visiteur les objets et cultes magiques en lien avec le fétichisme. Ce dernier traîne une réputation négative dans l'imaginaire collectif. À une salle aux couleurs noir et rouge accueillant des objets et mises en scène liés à des rituels maléfiques, succède une salle claire et chaleureuse où sont exposés des objets divinatoires et apotropaïques, la face généralement méconnue du fétichisme tribal.
Fétiche à clous Nkisi Nkonde, accordéon Pende Galukoji, objets vaudou Bizango, panier de chaman Chepang, masques, poupées et hochets, autant d'objets issus de différents continents qui répondent à des besoins mystiques et superstitions dans la vie des communautés. Exposition prolongée jusqu'au 23 septembre 2018, vous avez donc encore quelques jours pour en profiter.

Les masques des 5 coins du monde

L'étage supérieur se subdivise quant à lui en plusieurs parties distinctes. On y trouve l'exposition permanente de masques africains, océaniens, américains, asiatiques et européens ainsi qu'une partie spécialement dédiée au carnaval de Binche, aile actuellement en cours de refonte intégrale pour accueillir, à terme, une scénographie interactive et innovante.
Un espace est réservé à l'expo temporaire des mascarades d'une région spécifique, "Au royaume des touloulous, Carnaval de Cayenne" lors de notre visite. Dans ce cadre, le musée concrétise sa volonté de proposer une muséographie moderne et originale en réintégrant les masques à leur contexte rituel afin d'optimiser l'impact muséal de l'exposition sur le visiteur.
En effet, comme en parle Marc Coulibaly dans son ouvrage Des masques cultuels au masque muséifié, la mise en scène muséographique des masques a tendance à les figer dans la mesure où seule la forme plastique est mise en valeur par une scénographie elle-même devenue un art, ce qui a pour conséquence de faire fi du contexte du masque et de son usage.
Pour offrir une expérience contextualisée, le musée a utilisé diverses techniques scénographiques dont deux installations audiovisuelles : l'une place le spectateur au centre de plusieurs écrans de projection où il observera des films illustrant les danses masquées. Dans l'autre salle, le visiteur devient auditeur ; il est plongé dans un espace confiné au cœur de l'ambiance sonore qui accompagne ces festivités. Deux installations créées par Laure Chatrefou et Anne Guillou.
Ensuite, une large variété de masques est exposée tantôt sur socles, tantôt en vitrine, classés selon qu'ils proviennent de tel ou tel continent. Le visiteur pourra constater, malgré la richesse des formes, des motifs et des significations, que certains éléments sont récurrents en dépit des distances, voire d'un continent à l'autre. Ces patterns de traits communs concernent les thématiques abordées mais aussi les formes, les matériaux et les techniques employés. 
Une opportunité d'étude comparative qui illustre bien les propos de M. Mead en 1970 : "En illustrant les différences culturelles de chaque groupe humain et en soulignant les contributions qu'ils font à la société, les musées peuvent aider les gens à mieux se situer dans leur humanité commune."
Le visiteur appréciera par ailleurs les descriptifs concis qui accompagnent les pièces. Il est bon de noter que le musée considère le masque dans sa globalité et pas seulement au sens facial où l'on a tendance à l'entendre. Ainsi, autant que possible, les tenues intégrales sont présentées, ce qui, en plus d'un souci évident de fidélité à la réalité, permet au visiteur de prendre la pleine mesure de ces costumes rituels et participe une nouvelle fois à la contextualisation des pièces.

Ces tenues parfois composées de fibres végétales ou d'autres matériaux fragiles sont stockées dans des conditions d'hygrométrie adaptées afin d'en assurer une conservation optimale. C'est au sous-sol que Stéphane et moi avons pu découvrir la réserve où sont entreposés des milliers de pièces dont l'inventaire est en cours : la caverne d'Alibaba pour tout collectionneur d'art primitif, pas seulement africain, et une opportunité exclusive pour L&Z Arts.
Qui dit acquisition de biens culturels originaires de pays éloignés pose une question éthique. Mme Mathieu témoigne de la sensibilité du musée à ce sujet qui veille à la qualité de ses sources en étant fourni depuis longtemps par des ethnographes et chercheurs présents sur le terrain.

Musée International - Public local

On l'a vu, le Musée du masque de Binche est un formidable outil doté de pièces aussi nombreuses que variées et mu par une volonté de modernité et d'interactivité : des animations y sont régulièrement organisées comme par exemple une reconstitution de mascarade des touloulous de Cayenne en lien avec l'exposition, évènement qui pourrait suggérer, un jour ou l'autre, la reconstitution de danses ethniques africaines ?
Actuellement, le public est constitué de nombreuses écoles qui représentent à elles seules la moitié des visites annuelles. Ce lieu du patrimoine wallon mérite à nos yeux l'intérêt d'un plus vaste public, sentiment partagé par la directrice Mme Mathieu qui souhaite attirer davantage de visiteurs à une échelle plus grande. C'est avec plaisir et honneur que Stéphane et moi par le biais d'L&Z Arts apporterons notre aide au développement et à la promotion du MUM afin de faire connaître ce petit joyau hainuyer à nos amis collectionneurs en Belgique et à l'étranger.

Pour visiter ce lieu : Rue Saint-Moustier 10, 7130 Binche, Belgique

Visite au Musée Africain de Namur

Etienne Z

Divers masques africains. Pende, Yaka, Suku, Ngeendé, Luba, Kongo, Chokwe : autant d'ethnies représentées.

Un bref historique

Pour présenter le Musée Africain de Namur, un petit retour en arrière s'impose. On remonte à l'impulsion coloniale lancée par Léopold II pour l'ouverture de voies destinées à permettre l'accès au plus profond du continent africain, et en particulier du Congo.
Cet appel à l'exploration a suscité l'intérêt de pas mal de personnes dont des Namurois. Tous n'en revinrent pas indemnes voire pas du tout, et les survivants se rassemblèrent pour former une association sous le nom de "société d'études et d'intérêts coloniaux".
Au fil des années et toujours dans l'optique de faire découvrir l'Afrique et plus particulièrement le Congo à tout un chacun, l'idée de la création d'un musée germa pour se concrétiser en 1912.
La structure changea plusieurs fois de nom dans les décennies qui suivirent et l'implantation du musée fut plusieurs fois déplacée pour finalement se fixer dans la caserne Léopold (dite des lanciers) dans le centre de Namur.
Progressivement, les collections du musée se sont enrichies grâce à des dons à la fois de la famille royale, de pères missionnaires, de personnalités militaires, d'anciens coloniaux ainsi que grâce à des mécènes.

Des masques africains mais pas seulement

La première salle du musée permet de se plonger à la fin du XVIIIème siècle. À renfort de cartes de l'Afrique établies au fur et à mesure des années, on observe le découpage des territoires et l'exploration progressive des contrées jusqu'alors vierges de toute colonisation occidentale. En parallèle sont présentés les portraits, journaux de bord, carnets et historiques des diverses expéditions effectuées par de grands noms comme Stanley, Vrithoff, Ramaeckers,...
Une introduction historique bien utile à la compréhension des liens qui nous unissent encore aujourd'hui au Congo.

Dans les salles qui suivent, le visiteur découvrira bien sûr des objets ethniques comme des masques, des statues, des bronzes et divers objets usuels (instruments de musique, vanneries,...). Sur les murs est exposée une impressionnante collection de couteaux de prestige, de lances et d'arcs d'une rare variété ayant appartenu à Josué Henry de la Lindi, une bonne centaine de pièces dont ses descendants ont aimablement fait don au musée. Une collection qui ravira sans aucun doute tout amateur d'armes tribales authentiques.
Sanza, tambours à fente et divers oliphants en ivoire et os sont aussi présentés.
Plusieurs vitrines permettent quant à elles de faire découvrir au visiteur la variété des masques africains congolais à travers plusieurs pièces emblématiques comme les masques de guerrier Salampasu, les masques Pende (Mbangu, Mbuya,...), Chokwe, Suku et Yaka,... De petites figurines Kongo, Chokwe et bien d'autres encore sont visibles. Si des étiquettes sont présentes pour identifier les pièces, on regrettera l'absence de catalogue du musée offrant un complément d'information pour toutes les pièces présentées. Des visites guidées didactiques sont cependant proposées par le directeur-conservateur M. François Poncelet qui parvient à capter et maintenir l'attention du public sur tous les aspects qu'il développe, ni trop ni trop peu, tout en chassant les idées reçues sur l'art primitif. J'en veux pour exemple la petite anecdote concernant l'un des masques Chokwe n'ayant aucun lien avec une quelconque initiation mais simplement sculpté pour se moquer de l'apparence des colons blancs et de leur prétention.
M. Poncelet démontre par là que les objets d'art africain n'ont pas nécessairement une portée rituelle mais participent à une forme d'expression et de communication des individus.

Une réflexion contemporaine

Une volonté de réflexion sur ce passé délicat
— F. Poncelet, conservateur-directeur

L'ombre de Léopold II sur le Congo, une belle métaphore.

Si la seconde salle comporte un buste de Léopold II triomphant, la triste réalité a rattrapé la réputation de ce personnage — auparavant présenté comme héros — à cause des exactions commises par son administration dans le cadre du pillage des richesses naturelles et l'exploitation systématique des tribus locales. 
On appréciera que le musée ait choisi d'assumer pleinement cet héritage avec ses bons et ses mauvais aspects, et présente plutôt une volonté de réflexion sur ce passé délicat. La démarche va plus loin puisque c'est selon cette réflexion que le directeur choisit de faire découvrir au public la salle dédiée aux richesses naturelles du Congo avec un accent tout particulier mis sur les richesses géologiques et minerais précieux pillés de longue date par l'Union minière puis indirectement par les multinationales peu scrupuleuses par l'entremise de groupes armés.

Ainsi, M. Poncelet fait ou refait la lumière sur le lien étroit entre les gadgets high-tech de notre vie quotidienne et les problèmes humanitaires qui en découlent dans ces lointaines contrées. On notera la présence de "croisettes du Katanga" à la fois objets rituels et monnaies de cuivre.
On le voit jusque là, le musée n'a pas pour vocation d'être focalisé sur l'art africain. Une belle superficie est d'ailleurs réservées à la nature et à l'énorme biodiversité vivant dans ce pays aux régions tantôt planes, clairsemées et sèches, tantôt montagneuses, boisées et humides. De nombreux spécimens de toutes sortes forment un petit musée des sciences naturelles du Congo.

"Croisettes du Katanga"

Le Musée Africain de Namur ne doit donc pas être envisagé comme un musée d'art ou d'ethnographie au risque de décevoir, mais plutôt comme un lieu de mémoire retraçant depuis les débuts de la colonisation jusqu'à nos jours le lien qui nous unit au Congo. Les objets ethniques sont néanmoins présents et conservent un intérêt pédagogique, tout comme le reste du musée.
Pour visiter ce lieu : Rue du 1er Lanciers 1, 5000 Namur, Belgique.
https://musafrica.net/